Ils ont subi une opération, pensant avoir franchi l’étape la plus difficile. Pourtant, leur parcours de soins est aujourd’hui interrompu. Depuis plusieurs mois, des patients atteints d’un cancer de la thyroïde attendent un traitement indispensable : l’iode radioactif (Radioactive Iodine RAI). En raison d’une rupture d’approvisionnement, ce médicament n’est actuellement plus disponible à Maurice, plongeant malades, familles et médecins dans une profonde incertitude.
Pour de nombreux patients, l’ablation de la thyroïde ne marque pas la fin du traitement. Après l’intervention chirurgicale, certains doivent impérativement recevoir une dose d’iode radioactif afin de détruire les éventuelles cellules thyroïdiennes ou cancéreuses encore présentes dans l’organisme.
Cette étape est essentielle pour réduire le risque de récidive, traiter certaines métastases et permettre un meilleur suivi médical grâce aux examens réalisés par la suite. Aujourd’hui pourtant, plusieurs patients figurent sur une liste d’attente sans aucune indication sur la date à laquelle ils pourront recevoir ce traitement, alimentant un sentiment d’angoisse et d’impuissance.
« Cela fait quatre mois que j’attends »
Pour les patients concernés, l’attente devient de plus en plus difficile à supporter. L’un d’eux raconte vivre dans une incertitude permanente. « À chaque fois que je me rends au National Cancer Hospital, on me répond que je suis sur une liste d’attente. Cela fait maintenant quatre mois que j’attends ce traitement. Personne ne peut me dire quand je pourrai enfin le recevoir. »
Anne Marie vit la même situation. « L’année dernière, je suis partie en Inde, à mes propres frais, pour subir l’opération afin d’enlever les glandes cancéreuses. Cette année, je devais recevoir l’iode radioactif, mais depuis le début de l’année, on me fait tourner en rond. » Plus encore que l’attente, c’est le manque d’informations qui la révolte. « Nous avons besoin de réponses. Nous voulons simplement savoir quand ce traitement sera disponible. »
Au-delà de l’aspect médical, ces reports bouleversent également la vie quotidienne. Plusieurs patients avaient organisé leurs congés, leurs déplacements ou encore la garde de leurs enfants en fonction de la date prévue pour leur traitement.
Des médecins contraints d’attendre eux aussi
Cette situation inquiète également plusieurs professionnels de santé, qui se disent démunis. Un médecin, interrogé sous couvert de l’anonymat, explique que les équipes hospitalières n’ont aucune marge de manœuvre. « Nous ne pouvons rien faire d’autre que placer les patients sur une liste d’attente. La décision concernant l’approvisionnement relève des autorités compétentes. »
Une autre spécialiste souligne que les médecins continuent d’assurer un suivi régulier et adaptent les traitements lorsque cela est possible, mais reconnaît que l’absence d’iode radioactif limite considérablement les possibilités thérapeutiques. « Nous suivons les patients régulièrement, mais lorsque l’iode radioactif n’est pas disponible, nos options restent limitées. »
Un ancien spécialiste du secteur public, désormais installé dans le privé, se montre plus critique. « L’iode radioactif est un produit dont la durée de conservation est limitée. Son approvisionnement doit donc être anticipé avec rigueur. Pourtant, il demeure indispensable pour certains patients. Ce type de rupture ne devrait pas se produire. » Les médecins rappellent toutefois que les conséquences d’un retard varient selon chaque dossier. Si certains patients peuvent attendre quelques semaines sans impact majeur, pour d’autres, le respect du calendrier thérapeutique est essentiel afin d’optimiser les chances de guérison.
Des familles dans l’incompréhension
L’absence d’iode radioactif ne touche pas uniquement les malades. Leurs proches vivent eux aussi cette période dans l’angoisse. Après l’annonce du cancer et une intervention chirurgicale souvent éprouvante, beaucoup espéraient que le traitement suivrait son cours normalement. Cette rupture d’approvisionnement ravive aujourd’hui les inquiétudes.
Les mêmes questions reviennent avec insistance : pourquoi ce traitement n’est-il plus disponible ? Quand les prochaines doses arriveront-elles ? Existe-t-il des solutions alternatives ? Certains patients devront-ils être envoyés à l’étranger ?
À ce stade, aucune réponse officielle n’a été apportée. Malgré plusieurs sollicitations, le responsable de la communication du ministère de la Santé n’a donné suite ni aux appels téléphoniques ni au message envoyé par WhatsApp. Pour plusieurs familles, une communication claire permettrait au moins d’expliquer les raisons de cette rupture et les mesures envisagées pour rétablir l’approvisionnement.
Chaque semaine d’attente est une épreuve
Selon la littérature médicale internationale, un retard dans l’administration de l’iode radioactif n’entraîne pas automatiquement une aggravation de la maladie. Les spécialistes insistent toutefois sur le fait que chaque patient présente une situation clinique différente et que chaque cas doit être évalué individuellement.
En attendant, les patients continuent d’être suivis par leur endocrinologue ou leur oncologue, qui surveillent l’évolution de leur état de santé et ajustent leur prise en charge lorsque cela est nécessaire.
Pour ceux qui luttent déjà contre un cancer, cette attente représente une épreuve supplémentaire. Après avoir traversé l’annonce de la maladie et l’opération, ils espèrent désormais une seule chose : pouvoir poursuivre le traitement recommandé par leurs médecins, sans délai supplémentaire.

