Jimmy Gassel: du dancefloor aux ambitions politiques, l’itinéraire d’un DJ hors norme

ByRédaction

October 2, 2025

On connaît tous Jimmy Gassel, figure emblématique de l’afro-house, DJ magnétique, animateur et producteur qui a fait danser des milliers de personnes. Mais derrière le pseudonyme se cache un homme à l’histoire bien plus riche : Jimmy Tanhoo, 47 ans, dont le parcours atypique dépasse largement le monde de la nuit. Lors de cet entretien, il s’est confié sur ses racines, ses combats, et son rêve inattendu : celui de servir son pays à travers la politique.

Une jeunesse forgée par la discipline

Né à Maurice et élevé dans le sud-est de la France, Jimmy grandit dans une atmosphère où discipline et ambition étaient des valeurs cardinales. Sa mère, stricte mais visionnaire, l’encourage d’abord à se concentrer sur les études. « Ma mère m’a donné les fondations les plus solides. Grâce à elle, j’ai appris la discipline, le respect et l’importance de toujours viser plus haut », confie-t-il avec émotion.

Sportif accompli, il se distingue au volley-ball, discipline qui développe chez lui une endurance et une force mentale qu’il transpose plus tard dans son univers artistique. Contrairement aux clichés qui collent souvent aux DJ, Jimmy est aussi un intellectuel. Après des études en communication, il poursuit en langues étrangères appliquées avec une spécialisation en droit à Aix-en-Provence. Ce double bagage – rigueur académique et fibre créative – deviendra son atout majeur pour structurer sa carrière, négocier ses projets et s’affirmer comme un producteur-entrepreneur accompli.

Les premiers pas derrière les platines

La révélation musicale survient au lycée grâce à l’option radio, où il bénéficie des conseils d’un parrain de renom : Patrice Laffont, célèbre animateur de Fort Boyard et Questions pour un Champion. À 18 ans, il débute comme Light Jockey au Windsor d’Avignon, découvrant l’art subtil du mix.

Mais le chemin vers la musique professionnelle n’est pas linéaire. Après avoir décroché un emploi d’éducateur sportif, il est confronté à un dilemme : choisir la stabilité ou suivre sa passion. Fidèle à lui-même, Jimmy tranche en faveur de la musique. Ce choix courageux, souvent critiqué, scellera définitivement son destin.

De l’Espagne à Ibiza : la consécration internationale

Le véritable tournant survient lorsqu’un ami lui propose un poste à Andorre, dans une station de ski espagnole. DJ sept jours sur sept, il perfectionne son style et gagne en expérience. Pendant cinq années intenses, il vit pleinement sa passion tout en gardant un lien fort avec son île natale.

De retour à Maurice, ses prestations dans les clubs de Flic-en-Flac attirent l’attention du gérant du mythique Bora Bora Club à Ibiza. L’opportunité est inespérée. À Ibiza, temple mondial de la musique électronique, il se forge une réputation et collabore avec des artistes prestigieux. De simple DJ, Jimmy devient producteur et directeur artistique, capable de porter une soirée de bout en bout.

La production musicale : un nouveau souffle

En 2015, Jimmy franchit une étape décisive en produisant son premier album. Aux côtés de grands noms comme Willy William, Kanyelele et Dave Mario, il impose sa signature musicale. Parmi les titres phares, Friends, composé avec la voix de Laura Beg-Ramanisum, devient un hymne inattendu.

Conçu à distance via mails et WhatsApp, le morceau connaît un succès immédiat. « Un soir, dans un club, j’ai vu les gens chanter Friends en chœur. J’avais les larmes aux yeux », raconte-t-il. La chanson, célébrant l’unité et la diversité mauriciennes, est élue disque de l’année. Dans la foulée, son titre Afro Dance, en collaboration avec Mary Jane Gaspard, confirme son ascension.

Un entrepreneur culturel

Aujourd’hui, Jimmy Gassel ne se contente plus de mixer. Il gère son propre label, Bing Music, et organise des concepts novateurs comme Pink Plage, fusionnant musique, art et expériences sensorielles. Son dernier album est disponible sur toutes les plateformes et témoigne de sa volonté constante de se réinventer.

Soucieux de transmettre, il tend la main aux jeunes talents mauriciens. Mais il reste lucide sur les défis : « Aujourd’hui, tout le monde veut devenir star du jour au lendemain. Or, il faut de la persévérance, de l’encadrement et un vrai management », insiste-t-il. Ses modèles demeurent des figures locales comme Kaya, Désiré François ou Blakkayo, qui ont su incarner discipline et authenticité.

Quand la musique mène à la politique

Derrière le DJ se cache aussi un citoyen engagé. Jimmy nourrit désormais un rêve audacieux : entrer en politique. Non pas en tournant le dos à la musique, mais en l’intégrant à sa vision. Pour lui, la musique est une école de vie : elle enseigne la rigueur, l’écoute et la capacité à rassembler.

« Je crois profondément que la jeunesse mauricienne a besoin de modèles qui lui montrent que tout est possible quand on travaille avec sérieux et intégrité », affirme-t-il. S’il se lance un jour en politique, il veut incarner cet esprit : un leader proche du peuple, inspirant et rassembleur, à l’image des émotions qu’il provoque derrière ses platines.