Le président malgache Andry Rajoelina a pris la parole lundi soir sur ses réseaux sociaux pour confirmer son exfiltration du pays, effectuée avec l’aide de la France. Dans une allocution diffusée depuis un « lieu sûr », le chef de l’État a affirmé avoir quitté Madagascar « pour des raisons de sécurité » à la suite d’une « tentative de meurtre » visant sa personne.
Son discours, prévu en début de soirée sur les médias d’État, a été reporté à plusieurs reprises après que des forces armées ont encerclé le siège de la télévision nationale à Antananarivo. Finalement diffusé vers 22h30 (heure locale) sur Facebook, le message de Rajoelina visait à rassurer la population alors que la crise politique s’aggrave.
« Depuis le 25 septembre, il y a eu des tentatives d’assassinat et de coup d’État. J’ai été contraint de trouver un endroit sûr pour protéger ma vie », a-t-il déclaré, tout en appelant « au respect de la Constitution » et en affirmant « travailler à des solutions » pour mettre fin aux troubles qui secouent le pays depuis plusieurs semaines.
Une exfiltration sous haute tension
Selon RFI, le président aurait été exfiltré dimanche soir vers l’île Sainte-Marie avant d’embarquer à bord d’un avion militaire français. Il aurait ensuite atterri à La Réunion, d’où il aurait pris un jet privé en provenance de l’île Maurice. Sa destination finale reste inconnue, mais plusieurs sources évoquent un vol vers Dubaï.
Des rumeurs sur ce départ circulaient depuis le week-end, alimentées par la page Madagascar Aviation qui avait observé des mouvements aériens inhabituels au-dessus de la côte est du pays. Le gouvernement avait d’abord démenti tout départ du président, affirmant qu’il « gérait les affaires nationales depuis un lieu sécurisé ».
La France appelle au respect de l’ordre constitutionnel
Le président français Emmanuel Macron, actuellement en Égypte pour le sommet de la paix à Gaza, a réagi prudemment à la situation. S’il n’a pas confirmé l’exfiltration de son homologue malgache, il a souligné « l’importance de préserver l’ordre constitutionnel et la continuité institutionnelle à Madagascar », rappelant qu’il en allait « de la stabilité du pays et des intérêts de sa population ».
Un contexte explosif à Antananarivo
Depuis fin septembre, la Grande Île est en proie à un mouvement de contestation mené par de jeunes manifestants dénonçant les coupures d’eau et d’électricité, la vie chère et la corruption. Ces protestations ont pris une tournure politique, plusieurs unités de l’armée et de la gendarmerie ayant rallié les manifestants. Les affrontements ont déjà fait plus d’une vingtaine de morts selon les Nations unies.
Andry Rajoelina, 51 ans, au pouvoir depuis le coup d’État de 2009 puis élu en 2018, se retrouve aujourd’hui plus isolé que jamais, alors que les appels à sa démission se multiplient dans les rues d’Antananarivo.

