Navin Ramgoolam rouvre le dossier Kistnen : « Les meurtriers ne dormiront pas tranquilles »

ByRédaction

October 14, 2025
  • Une nouvelle descente de la police a eu lieu cette semaine sur le lieu du drame

De nouveaux éléments pourraient bien relancer l’affaire du meurtre de Soopramanien Kistnen, ancien agent du MSM retrouvé carbonisé dans un champ de canne à Telfair en octobre 2020. Vendredi, au Parlement, le Premier ministre Navin Ramgoolam a officialisé la réouverture de ce dossier sensible, déclarant sans détour que « la mort de Kistnen n’était ni accidentelle ni auto-infligée, mais bien un assassinat ».

Selon nos informations, des enquêteurs britanniques de Scotland Yard travaillent désormais en étroite collaboration avec une unité spéciale mauricienne afin de faire toute la lumière sur ce drame qui continue de hanter la conscience nationale. Une descente sur les lieux du crime a d’ailleurs été effectuée cette semaine, en présence d’experts locaux formés aux nouvelles techniques d’analyse.

Des révélations qui changent la donne

Nos sources au sein de la nouvelle cellule d’enquête affirment que plusieurs éléments inédits seront versés au dossier, ouvrant potentiellement de nouvelles pistes longtemps négligées.

Des échantillons biologiques et des objets retrouvés à proximité du lieu du drame ont été soumis à des analyses ADN et chimiques sous la supervision d’experts britanniques spécialisés dans les homicides complexes. Ces derniers ont relevé d’importantes failles dans les premières investigations policières : contamination de la scène, absence de préservation d’indices clés, incohérences dans les rapports d’autopsie et surtout disparition de plusieurs « exhibits » cruciaux.

Les premières conclusions de Scotland Yard contredisent la version policière initiale. Selon leurs analyses, la mort de Kistnen serait survenue ailleurs avant que son corps ne soit déplacé et incendié à Telfair pour maquiller un meurtre prémédité.

L’ombre du 16 au 18 octobre

Reste une question centrale : que s’est-il réellement passé entre le 16 octobre, jour de la disparition de Soopramanien Kistnen, et le 18 octobre 2020, quand son corps carbonisé fut retrouvé ?

L’avocat et activiste politique Rama Valayden a livré une version glaçante lors d’une conférence de presse :
« Bann la inn kidnap Kistnen (le 16 octobre) ek so lekor finn zeté le 17. Entre le 16 et le 17, le corps de Kistnen a dormi à l’avenue Ollier, à Quatre-Bornes. Li finn kidnappé derrière enn supermarché ek torturé avan d’être abandonné. »

Ces révélations, bien qu’encore non confirmées officiellement, orientent vers la piste d’un enlèvement suivi d’un assassinat organisé avec soin. Valayden avance également que l’ex-ministre Yogida Sawmynaden se trouvait au Riverview Hotel à Belle-Rose durant ces deux jours critiques. Kistnen aurait d’ailleurs été aperçu pour la dernière fois dans ce même secteur, renforçant le besoin d’un nouvel interrogatoire de l’ancien ministre.

Les caméras Safe City et la piste Mauritius Telecom

Autre volet brûlant : celui des images de surveillance de Safe City, qui auraient mystérieusement disparu. D’après Rama Valayden, l’effacement de ces enregistrements aurait été orchestré depuis Mauritius Telecom, sous la direction de son ex-CEO Sherry Singh.

« Sherry Singh doit expliquer kifer, kan li inn tire sa bann zimaz la, ek kot li finn garde sa », a martelé l’avocat. Jusqu’à présent, aucune déposition formelle de Sherry Singh n’a été enregistrée, malgré les soupçons d’entrave à l’enquête.

« S’il a aidé à couvrir, il doit payer le prix. Il ne doit pas avoir peur de dire la vérité, même si c’est Pravind Jugnauth qui lui a donné l’ordre », a-t-il ajouté.

Ces accusations, si elles se confirment, mettraient en lumière un système organisé de dissimulation d’informations sensibles à un haut niveau de l’État.

Une autopsie contestée et des preuves disparues

Les anomalies relevées par les experts étrangers soulèvent d’autres interrogations : pourquoi l’autopsie a-t-elle été réalisée à l’hôpital Jeetoo au lieu de Candos, comme le prévoient les protocoles ? Pourquoi plusieurs prélèvements ont-ils été « égarés » ? Et que sont devenus les exhibits répertoriés initialement par la police scientifique ?

Selon nos recoupements, l’enquête actuelle s’intéresse de près à un détail troublant : un bouton bleu retrouvé sur le site du drame. D’après Valayden, il pourrait appartenir à un individu « impé ventar », potentiellement impliqué dans le meurtre. Cet indice, apparemment anodin, pourrait devenir la clé permettant de relier physiquement un suspect au crime.

Vers une législation pour les enquêtes internationales

Le Premier ministre Ramgoolam a confirmé que son gouvernement prépare un projet de loi permettant officiellement le recours à des experts et enquêteurs étrangers dans les affaires d’intérêt public majeur. L’objectif : garantir l’indépendance, la transparence et la crédibilité des enquêtes sensibles.

« Les meurtriers de Kistnen ne dormiront pas tranquilles. Ils seront retrouvés et traduits en justice », a-t-il lancé devant l’Assemblée nationale.

Le gouvernement se dit déterminé à aller jusqu’au bout, quelles que soient les ramifications politiques ou institutionnelles. Les prochains mois s’annoncent décisifs : Scotland Yard, les experts médico-légaux et la nouvelle cellule mauricienne s’apprêtent à croiser des centaines de données, témoignages et relevés.