- Les moyens de la VIPSU ont-ils été mis à profit par le réseau ?
L’enquête menée par l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) de Rose-Belle ne cesse de prendre de l’ampleur. Après les arrestations du constable Nifaaz Ali Allymamod, affecté à la VIP Security Unit (VIPSU), de Sheik Mohammad Azhar Soobhan et du chauffeur Farhaaz Emrith, les enquêteurs tentent désormais de remonter jusqu’aux véritables organisateurs d’une filière présumée de trafic de cocaïne reliant Maurice à La Réunion.
Au centre des investigations figure désormais un ressortissant réunionnais de 26 ans, Alain Frédérick Jean Alamelou, recherché par les autorités mauriciennes. Selon nos informations, un « arrest upon arrival » a été sollicité auprès du PIO afin qu’il soit interpellé dès son arrivée sur le territoire. L’ADSU a déjà sollicité la collaboration de ses homologues réunionnais afin d’obtenir un partage d’informations sur Alain Frédérick Jean Alamelou. Toutefois, toute mesure d’enquête coercitive, notamment son audition ou son interpellation, devra passer par une commission rogatoire internationale validée par la Cour suprême. Son interrogatoire est considéré comme une étape déterminante pour faire progresser l’enquête et identifier les éventuels commanditaires du réseau présumé.
Le puzzle numérique commence à se reconstituer
Originaire de Saint-Denis, Alain Frédérick Jean Alamelou, 26 ans, évoluerait dans le secteur du landscaping à travers une entreprise connue sous le nom de Renovair. Les investigations de l’ADSU révèlent que son premier déplacement à Maurice cette année remonte au 16 avril 2026. Il est ensuite revenu à plusieurs reprises, son dernier voyage ayant débuté le 8 juillet 2026, lorsqu’il est entré sur le territoire mauricien sous couvert d’un visa touristique de dix jours. Il a finalement quitté l’île le 11 juillet, après avoir principalement séjourné dans le nord du pays.
Ces déplacements à répétition retiennent aujourd’hui toute l’attention des enquêteurs. Selon les premiers éléments recueillis, l’entrepreneur réunionnais aurait effectué près de quatre voyages à Maurice en 2026, une fréquence qui soulève de nombreuses interrogations dans le cadre de cette enquête.
Farhaaz Emrith, le maillon clé du réseau ?
Les enquêteurs s’intéressent également à ses liens avec Farhaaz Emrith, considéré comme l’un des principaux suspects déjà arrêtés dans cette affaire. D’après plusieurs sources proches de l’enquête, les deux hommes se seraient côtoyés aussi bien à Maurice qu’à La Réunion, des rencontres qui font désormais l’objet d’une analyse approfondie afin d’en déterminer la nature et les circonstances. Les enquêteurs examinent notamment deux déplacements :
- 15 février 2026 – Vol UU108
- 25 avril 2026 – Vol MK249 à destination de Gillot
Les policiers s’emploient désormais à reconstituer avec précision chacun de ses séjours : les personnes rencontrées, les lieux fréquentés, les moyens de transport utilisés ainsi que les communications échangées. Ce véritable travail de fourmi s’appuie notamment sur l’exploitation des téléphones portables saisis. Grâce aux analyses forensiques menées par les spécialistes de la police scientifique, les enquêteurs espèrent reconstituer les échanges, retracer les déplacements et identifier d’éventuels complices.
Le véhicule de la VIPSU a-t-il servi au réseau ?
L’arrestation d’un policier affecté à la protection rapprochée constitue sans doute l’aspect le plus sensible de cette affaire. Selon les informations disponibles, le constable Nifaaz Ali Allymamod -6575 est entré dans la police le 28 décembre 2012 après sa formation au Police Training School de Beau-Bassin. Au cours de sa carrière, il a successivement été affecté au poste de Plaine-Verte, puis à Fanfaron Police Station, avant de rejoindre la Division Traffic Police Metro North en 2016. En 2022, il a intégré la Traffic Branch, avant d’être muté à Terre-Rouge Traffic Branch en 2023. Ce n’est qu’en novembre 2024 qu’il a été affecté à la VIP Security Unit (VIPSU).Marié mais vivant séparé de son épouse, il est père d’un enfant.
Selon nos sources, les enquêteurs examinent notamment une question essentielle : des moyens logistiques mis à disposition du policier dans l’exercice de ses fonctions auraient-ils pu être utilisés pour faciliter certaines opérations du réseau ?Cette vérification porte notamment sur les déplacements effectués par le policier, les véhicules utilisés ainsi que les avantages liés à sa fonction. À ce stade, aucun élément officiel ne permet d’affirmer qu’un véhicule de service aurait effectivement servi au transport de stupéfiants. Cette possibilité fait partie des pistes actuellement examinées par les enquêteurs. Lors de son interrogatoire, le constable aurait soutenu que son rôle se limitait à récupérer de l’argent provenant des ventes de drogue et qu’il n’aurait jamais transporté de cocaïne.
Comment la cocaïne est-elle arrivée à Maurice ?
C’est désormais la question centrale de cette enquête. Si plusieurs suspects ont été arrêtés, les enquêteurs cherchent surtout à comprendre le mode d’importation de la cocaïne sur le territoire local.Parmi les hypothèses étudiées figure celle d’un acheminement par voie maritime. La Police examine la possibilité que les stupéfiants aient pu transiter entre La Réunion et Maurice à bord de bateaux de pêche, d’embarcations privées ou d’autres navires effectuant régulièrement la liaison entre les deux îles.Cette piste demeure, à ce stade, une hypothèse d’enquête qui fait l’objet de vérifications. Les officiers de l’ADSU cherchent également à identifier chaque maillon de la chaîne criminelle : fournisseurs, importateurs, transporteurs, stockeurs, collecteurs d’argent et distributeurs.
Une coopération renforcée avec La Réunion
Les autorités mauriciennes ont officiellement sollicité l’assistance des services d’enquête réunionnais afin de retracer les déplacements d’Alain Frédérick Jean Alamelou, d’identifier son entourage et de vérifier si d’autres individus installés à La Réunion seraient impliqués dans cette organisation présumée. L’affaire intervient alors que les forces de l’ordre de La Réunion multiplient elles aussi les saisies de stupéfiants.
Début juillet, les gendarmes réunionnais ont démantelé un réseau après l’interception d’un colis arrivé par fret aérien en provenance des États-Unis contenant 70 kilos de résine de cannabis, pour une valeur estimée à plus de 1,7 million d’euros. Quatre suspects avaient été interpellés près de la zone aéroportuaire et les perquisitions avaient permis la saisie de 17 000 euros en espèces, 200 grammes de cocaïne ainsi que plusieurs véhicules. Cette affaire illustre la pression croissante exercée par les organisations criminelles sur les routes de l’océan Indien.
À Maurice, les enquêteurs estiment que les arrestations déjà réalisées ne constituent que la première étape d’une enquête appelée à connaître de nouveaux développements. Par ailleurs , au Parlement ce mardi , le député Roshan Jhummun interrogera le Premier ministre sur le nombre de policiers arrêtés, suspendus ou condamnés dans des affaires de trafic de drogue depuis 2014, et les dossiers déjà transmis au Directeur des poursuites publiques (DPP).

